Médecine complémentaire en Suisse : définitions, enjeux

Le mot « médecine complémentaire » est un terme général qui recouvre une multiplicité de méthodes de traitement, de procédés de diagnostic et de médicaments. Certaines médecines alternatives sont déjà le fruit d’une longue tradition, d’autres ont été développées dans un passé récent. La médecine complémentaire encore appelée médecine naturelle ou médecine parallèle est pratiquée par des médecins, mais aussi par des thérapeutes et par du personnel infirmier. L’automédication joue un rôle important dans certaines de ces méthodes.

Comme l’indique le mot « complémentaire », la médecine complémentaire et la médecine académique se complètent mutuellement. Le terme d’origine, « médecine alternative », signifiait aussi que des méthodes et des procédures de médecine complémentaire peuvent représenter une alternative à des diagnostics et à des traitements de la médecine académique. Dans les pays anglo-saxons, on parle de « Complementary and Alternative Medicine » (CAM).

Ce qui différencie avant tout la médecine complémentaire de la médecine académique, c’est une conception du monde. Au contraire de la médecine académique, marquée par les sciences naturelles, qui définit et soigne les maladies avant tout en les considérant comme un phénomène physique et concentré dans certains organes, la médecine complémentaire prend en compte non seulement des processus régulateurs, mais également des phénomènes énergétiques. Elle appréhende l’être humain en tant que tout, alors que la médecine académique le considère comme une somme de différents processus.

Pour la médecine douce, le patient est une unité individuelle comprenant le corps, l’âme et l’esprit. C’est pourquoi elle accorde une grande importance, dans le diagnostic et dans la thérapie, à l’autorégulation et aux forces d’autoguérison, ainsi qu’à certains arrière-plans de vie.

La médecine complémentaire convient particulièrement bien au traitement de troubles régulationnels ainsi que de maladies dégénératives chroniques.
(Source: Bruno Ferroni, Hans-Peter Studer, in: Kocher/Oggier 2007: Gesundheitswesen Schweiz 2007-2009).

Médecine complémentaire : quelques exemples de médecines alternatives

Médecine anthroposophique

Principe

Les remèdes anthroposophiques font partie, au même titre que l’alimentation, le massage, les thérapies artistiques, l’eurythmie curative et le travail de biographie, de la médecine anthroposophique développée par Rudolf Steiner en tant que science de l’esprit complétant la médecine classique.
La conception anthroposophique des quatre dimensions de l’être humain – corps physique, corps éthérique (corps de vie), corps astral (corps de sensibilité) et Moi – sert de base au diagnostic et au traitement.
Fabrication
Les modes de préparation jouent un rôle essentiel dans la fabrication des médicaments anthroposophiques : les procédés de fabrication sont déterminés en fonction de leurs effets sur les quatre constituants de l’organisme – une nécessité pour que le médicament agisse sur l’un de ces constituants.
Les médicaments anthroposophiques sont entièrement conçus à base de composants végétaux, minéraux ou d’origine animale. Selon l’effet souhaité, une substance naturelle sera solidifiée, liquéfiée, distillée, extraite, réduite en combustion.
Formes de préparation
La forme des médicaments – tablettes, gouttes, pommades, poudres ou solutions injectables – présente un lien avec le constituant de l’organisme devant être guéri. Les préparations à base de Gui et d’autres préparations végétales sont des médicaments anthroposophiques connus.
Il existe aussi des compositions pharmaceutiques à partir de préparations homéopathiques, des métaux « végétabilisés » (plantes imprégnées de métal), des baumes à base de métaux, des huiles et des teintures pour les enveloppements, les frictions et les bains.

Médecine traditionnelle chinoise

Principe
La pharmacopée est l’une des cinq pratiques de la médecine traditionnelle chinoise, une médecine millénaire, empirique, qui repose sur l’observation des forces et des cycles de la nature et du corps humain. Les plantes utilisées – ou, plus rarement, des minéraux ou des substances d’origine animale – viennent en principe de Chine, mais le système peut s’appliquer aussi aux plantes médicinales occidentales : l’important, c’est le système de diagnostic et de soins, et non l’origine des différentes plantes.
Fabrication
Les remèdes chinois sont fabriqués à partir de plantes entières ou de parties de plantes. La qualité des herbes est sévèrement contrôlée, et correspond aux critères de contrôle suisses et européens. Les Anciens chinois ont développé quantités de méthodes pour préparer les plantes, conserver les substances actives, éliminer ou neutraliser les substances nocives : décoctions avec ou sans complément (vinaigre et vin, mais aussi substances anorganiques comme le plâtre ou le calcaire), ainsi que diverses méthodes de conservation (à la température idéale, au degré d’humidité idéal, dans le matériau idéal).
 
Formes de préparation
Les herbes sont commercialisées sous deux formes : normales (pour des infusions ou des décoctions) ou concentrées (granulés). Les Chinois utilisent rarement une herbe unique. Les recettes traditionnelles sont plutôt des composés multiples dont le dosage exact a été étudié, éprouvé et affiné au cours des millénaires. Les préparations thérapeutiques sont personnalisées : elles sont définies en fonction de la constitution et de la condition physique. La médecine traditionnelle chinoise travaille essentiellement avec des formules magistrales (permettant de composer un mélange individuel).

Homéopathie

Principe

Médecine complémentaire ou alternative en suisseL’homéopathie repose sur le principe qu’il faut « traiter le mal par le mal » : une surdose d’une substance provoque un symptôme déterminé chez une personne saine alors que cette même substance, en dilution élevée, soulage le malade souffrant d’un symptôme similaire.
Ainsi, l’oignon (allium cepa) est prescrit en cas de rhume et de symptômes de refroidissement, et le venin d’abeille (apis mellifica) en cas de tuméfaction d’origine allergique.
Les remèdes homéopathiques n’agissent pas au niveau chimique, mais stimulent en douceur les défenses naturelles pour aider le corps à guérir de lui-même.
Les médicaments homéopathiques, qui sont de plus extrêmement dilués, sont sans effets secondaires et peuvent être combinés avec d’autres formes de thérapie.
Fabrication
La potentialisation est caractéristique des remèdes homéopathiques : les substances de base, qu’elles soient d’origine minérale, végétale, animale, voire chimique ou synthétique, sont diluées en étapes toujours identiques en étant agitées ou dynamisées. Les potentialisations les plus courantes sont la D (dilution au 1:10) et la C (dilution au 1:100). Les potentialisations extrêmes (Q ou LM) – en étapes de 50’000 – sont utilisées essentiellement pour les maladies chroniques.
Formes de préparation
Le traitement homéopathique individuel se fonde sur des remèdes uniques. Des complexes homéopathiques sont mis au point pour traiter les symptômes de certaines maladies en fonction de leur tableau clinique et sont utilisées surtout en automédication. Les remèdes homéopathiques sont proposés sous diverses formes : dilutions (gouttes), granules (globules), tablettes, poudres, ampoules et baumes.

La thérapie Kneipp

Il guérissait corps et âme
Etudiant, Sebastian Kneipp contracta une tuberculose pulmonaire jugée incurable de son temps. Il retrouva la santé grâce à des immersions froides dans le Danube. Il devint curé, puis, simultanément, un guérisseur accompli. Un travail de longue haleine parmi ses patients lui permit d’élaborer une méthode naturelle et simple, qui, aujourd’hui encore, est préconisée par un nombre croissant de médecins.
Son enseignement est une thérapeutique holistique reposant sur cinq piliers, à savoir:
  • L’hydrothérapie
  • L’alimentation complète
  • La phytothérapie
  • Les mouvements
  • Une vie harmonieuse.
La méthode Kneipp est ultra simple à appliquer. N’importe qui peut d’ailleurs la pratiquer à domicile. Elle a pour objectif principal d’endurcir l’organisme humain et de prévenir ainsi les maladies, les troubles psychosomatiques ou autres d’une manière tout à fait naturelle, sans provoquer d’effets secondaires.

Quiconque suit les grandes lignes de cette méthode se maintient en bonne santé. Autrement dit, on ménage surtout son portefeuille et celui des collectivités publiques (caisses-maladie, cantons et communes).

100 ans et pas une ride

La méthode Kneipp a fêté ses 100 ans. Elle a vu plusieurs générations de médecins, qui ont prouvé les bases scientifiques de l’enseignement de Kneipp et l’ont adapté à l’évolution que l’on connaît jusqu’à nos jours, soit à l’aube du 21e siècle. Il n’y avait pas de raison de changer le nom de la thérapie KNEIPP qui est, de nos jours, devenu le prototype de la médecine naturelle en Europe centrale et du nord. Du reste, cette médecine est devenue partie intégrante de la médecine moderne. Les cinq piliers sur lesquels elle repose représentent un système complet.

La thérapie Kneipp agit en cas de :
  • maladies de civilisation
  • état d’épuisement
  • maladies rhumatismales
  • refroidissements
  • troubles de la circulation
  • lésions dues à des accidents de sport
L’enseignement Kneipp est :
  • simple à appliquer
  • préventif et curatif
  • peut être appliqué chez soi par n’importe qui
  • ne constitue une charge ni pour les cantons ni pour les communes
  • ménage les caisses-maladie
D’après Sebastian Kneipp

« Celles et ceux qui ne réservent pas quotidiennement un peu de leur temps pour agir en faveur de leur santé, devront un jour consacrer beaucoup de temps à leur maladie. »

Thérapie neurale

La thérapie neurale a été découverte par hasard par les frères Huneke, médecins des années vingt.

La thérapie neurale consiste à injecter un stupéfiant à faible dose dans certains tissus de la peau. Il agit ensuite sur les organes intérieurs par une relation de réflexe.

Des anciennes blessures, coupures, cicatrices, des inflammations chroniques et des traumatismes peuvent être un facteur déclenchant pour diverses douleurs et maladies. Il est nécessaire de localiser ces sources de troubles. Une injection directe, ou autour de ce champ parasite, donne l’impact nécessaire aux cellules pour les faire fonctionner à nouveau normalement.

La thérapie neurale doit être comprise comme une stimulation de l’auto-guérison. Son application exige de vastes connaissances médicales et reste ainsi réservée à des médecins ayant acquis une formation complémentaire.

Phytothérapie

PhytothérapieOn entend par phytothérapie, (des mot grecs « phyton », plante et « therapeia », traitement) ou aussi « médecine par les plantes », le traitement et la prévention des maladies par des végétaux, leur composantes et leurs préparations. Des désordres comportementaux comme la nervosité sont ainsi traités par des préparations végétales.

Ses différentes formes, qui se sont développées pendant des millénaires, sont un élément important de la médecine chinoise traditionnelle (MCT) et de la médecine Ayurveda indienne.

En pharmacologie, on subdivise les plantes selon leur efficacité en trois types:

  • les plantes douces qualifiées de « mite »
  • les plantes fortes qualifiées de « forte »
  • et toutes les autres, intermédiaires, sans dénomination particulière.

La phytothérapie, comme l’homéopathie, est une discipline thérapeutique spécifique, basée autant sur les sciences naturelles que sur l’expérience pratique. On différencie la phytothérapie rationnelle, ou allopathique, qui se base sur la médecine fondée des sciences naturelles, de la phytothérapie traditionnelle qui s’est développée en tant que médecine populaire. La première s’en prend à la maladie de manière symptomatique et causale, tandis que la seconde se base sur l’expérience traditionnelle.

Contrairement à l’homéopathie, l’impact de la phytopharmacologie peut être expliqué par les sciences naturelles. Une différence importante réside dans l’effet de dose : en phytothérapie, plus la dose est forte, plus l’effet l’est également, tandis que c’est exactement le contraire avec l’homéopathie.

Principe

La phytothérapie (ou traitement par les plantes) moderne utilise des extraits complexes de plantes entières ou parties de plantes. L’effet curatif des remèdes à base de plantes, observé et consigné depuis des millénaires, a été, pour plusieurs d’entre eux, l’objet de recherches et de tests scientifiques : des études détaillées ont ainsi prouvé les propriétés thérapeutiques du Millepertuis en cas de dépression ou de l’Aubépine en cas de problèmes cardiaques.
Fabrication

Le choix des plantes est strictement contrôlé du point de vue tant de la qualité que des résidus. Quelques fabricants produisent eux-mêmes la matière de base de leurs préparations selon des directives biologiques. On procède à l’extraction par différentes méthodes, par exemple par séchage pour des infusions ou par macération dans de l’alcool pour les teintures mères.

Formes de préparation

En Europe, quelque 300 plantes ayant des propriétés thérapeutiques sont utilisées sous les formes les plus diverses : teinture mère, sirop, infusion, concentré, granulé, ou pour un usage externe : huile de massage, solution pour gargarisme ou inhalation, extrait pour bain ou compresse.

Il est important de noter que les caisses maladies en Suisse remboursent certaines séances de médecine complémentaire à condition de détenir une prescription médicale ou de se faire traiter par un thérapeute agréé. Pour savoir quelles médecines douces sont remboursées, renseignez vous auprès de votre assureur.

Lire aussi : Assurance maladie Assura

Facebook46
Facebook